Les Fougères

ou ma visite à mon amie Françoise Renaud dans la Creuse

Un dernier virage et la maison apparaît, puis la voiture blanche, comme elle me l’a indiqué. Je suis arrivée. Tout juste le temps de me garer, tirer le frein à main, Françoise surgit à la portière, souriante, accueillante. On s’embrasse comme deux amies de toujours alors que jusque-là,  nous n’avions fait qu’échanger virtuellement. Et pour reprendre ses mots, notre connivence s’est rapidement installée.

Conversations et échanges à bâtons rompus sur l’écriture, les livres, la Vie, arrosés de thé noir ou de rooibos selon le moment de la journée, entrecoupés de visites au jardin parmi les coquelicots, la sauge, les ombellifères, les coquelourdes, l’abelia en fleurs comme un écho à celui de mon propre jardin.

Certains se souviendront de ma note de lecture à propos de Carnet de murmures, paru en juin 2025 (Carnet de murmures) où par la magie de la prose poétique et évocatrice de Françoise je lui emboitais le pas dans son domaine des Fougères, goûtais les framboises et les cassis, caressais les coquelicots et les douces poulettes. Et voilà que soudain, tout cela devenait bien réel.

D’autres jardins. Le jardin médiéval de Bénévent-l’Abbaye que Françoise souhaite me montrer. On descend quelques marches bien raides et on se trouve dans un autre monde, celui des moines qui patiemment créaient un jardin utilitaire, plantes médicinales principalement et tinctoriales, disposées en parterres bien définis, agrémentés d’une variété de fleurs qui ravissent l’œil.  Et en point d’orgue, le jardin de George Sand à Nohant, sa roseraie, son petit bois, son potager, ce champ de coquelicots et autres fleurs champêtres où se perdre, et nos conversations se poursuivent sur les bancs du jardin.

Parce que, oui, visiter le domaine de la dame de Nohant figurait à notre programme dès le départ. J’y étais venue déjà en juillet 2013 la semaine du festival Chopin, j’avais assisté à l’Impromptu musical et littéraire – Sand et Chopin à Nohant. Chaises installées pour le public dans l’espace arrière de la maison. Musique délivrée depuis le piano de la salle à manger fenêtre grande ouverte et balade littéraire contée dans le jardin ensuite. Ici, la guide, une inconditionnelle de George, nous mène d’entrée de jeu à la cuisine, pièce maîtresse de la maison, ultramoderne pour l’époque, indispensable puisque George reçoit énormément et met un point d’honneur à bien nourrir son personnel, dans tous les sens du terme puisqu’elle leur apprend même à lire et à écrire. Une pièce qu’on n’oublie pas. Les autres défilent, la salle à manger au lustre rococo en verre de Murano, le salon et sa galerie de portraits de famille, le placard dont elle avait fait sa chambre et son bureau à l’époque de son mari, le petit théâtre, quelques-unes des marionnettes de son fils Maurice, mais cette fois nous n’avons pas pu visiter l’atelier de celui-ci.

Je n’ai pu m’empêcher d’imaginer la guide en costume de George. Au détour d’un couloir, j’aurais eu une seconde d’hésitation tant je lui trouvais le même profil. Sûr qu’aujourd’hui, George aurait, comme elle, porté tatouages et piercings.

Et en un éclair, voilà venu le temps de reprendre la route vers Bruxelles, de retourner chacune à notre monde, nos fleurs, nos animaux, notre écriture avec tous les échos de cette rencontre.

Merci à toi, chère Françoise

Entre Aube et Yonne

Rituel du matin, thé vert et lecture. Depuis le début de semaine, la canicule s’installe, progressivement. Et naviguer. Naviguer entre lecture et rêverie. Les jours passés se posent doucement, dessinent les lieux, les instants, les émotions. Ils s’invitent à rester au travers des mots et des images.

D’abord il y a eu l’Aube et l’Yonne où j’ai tenté fugacement de saisir par le dessin l’essence de quelques pierres et d’un peu de nature et à Tonnerre*,  celle de la Fosse Dionne, source haute en énergie, avec les doigts, l’aquarelle et son eau même. Découvrir un restaurant indien adapté aux palais occidentaux tenu par un jeune Indien aux yeux clairs qui parle un français impeccable. Et puis, ce nouveau rendez-vous tonnerrois, Deuxième Vie, un magasin de brocante tenu par un Anglaise découvert lors de mon dernier passage. Au cours de la conversation, lui parler de mon récent séjour à Lincoln, elle me répond que sa famille est à Lincoln et qu’elle s’y rend très régulièrement. Ça ne s’invente pas. Elle vient d’acquérir une série de petites chouettes en différentes matières. Je ne peux résister, je lui en prends deux.

Depuis Tonnerre, aller-retour ensuite à Saint-Sauveur-en-Puisaye pour visiter la maison d’enfance de Colette, maison bourgeoise comme on nous l’explique et non simple maison campagnarde comme elle-même l’a qualifiée. En témoigne le nombre de fenêtres en façade qui indique un revenu cadastral élevé. Il est vrai que le premier mari de Sido, la mère de Colette, est très riche. Une mauvaise gestion financière de Sido et son second mari obligera la famille à quitter la maison dont Colette ne récupérera l’usufruit que bien plus tard dans sa vie, ce qui ne l’empêchera pas de continuer à vivre ailleurs. Souvent c’est une poignée de passionnés qui font vivre ces maisons d’écrivains. Certains, comme ici, passent une partie de leur vie à tenter de récupérer des objets disséminés dans des collections privées ou de reproduire à l’identique des papiers peints d’époque, ou encore de redonner au jardin son aspect d’autrefois en détruisant la piscine installée par les anciens propriétaires dans le potager de Sido.

Enfin, départ pour la Creuse, à la rencontre de mon amie Françoise Renaud, mais ça ce sera pour un autre épisode. À suivre, donc, demain. C’est Byzance, deux publications cette semaine !

* Stage Carnet de Voyages à l’Atelier du Laurier Rouge de Catherine Mazarguil

Journal images – Bourgogne

Ciels immenses, ciels à 360 degrés qui tournent la tête, respirer, aucune entrave

Coquelicots qui illuminent  les champs et le cœur. Caresse du vent.

Mais où donc vont-ils
Les nuages suivent-ils
Le chemin tracé ?

Simplement flâner, simplement regarder et voir au-delà

La Fosse Dionne, incontournable à Tonnerre. Turquoise, émeraude, survolée de libellules bleues

Abbaye de Pontigny

Pierres anciennes
Ogives et arcades
Passe le souffle

Y revenir

Y revenir toujours et encore à cette notion de quartier. Comme nous le dit Georges Perec dans Espèces d’espaces, « on appelle son quartier le coin où l’on réside et pas le coin où l’on travaille : et les lieux de résidence et les lieux de travail ne coïncident presque jamais ». Et revenir toujours et encore à ce quartier-là en particulier, celui de la naissance, des études et du travail. En ce moment, travailler sur cette notion dans le chapitre dédié du manuscrit.

Découvrir récemment qu’une nouvelle membre d’un cercle littéraire dont je fais partie habite au square Marie-Louise et lui demander si je peux la rencontrer pour lui parler du lieu, de l’expérience d’y habiter, ce qu’elle accepte très aimablement. Arrive lundi, le jour J. Je pénètre bien à l’heure dans le hall d’entrée. Très fonctionnel, grand miroir entouré d’un cadre métallique doré et mat pour les visiteurs qui ont besoin de se refaire une apparence, ce qui n’est pas mon cas vu qu’il n’est que 11 heures et que je viens droit de chez moi. Tableau des sonnettes avec boutons dorés à l’ancienne. Grandes dalles de marbre (ou faux marbre) au sol, très années 60 ou 70. Elle me dira que l’immeuble a été achevé en 1966. Ouvre-porte ultramoderne néanmoins. Je suis au troisième, me dit-elle. A nouveau remonter le temps tout en gravissant les étages par le petit ascenseur mis aux normes européennes comme il se doit. Petite, l’œil malicieux, elle me fait entrer dans son salon. J’en saisis tout de suite le raffinement, grands murs clairs, meubles en chêne foncé, tapis orientaux, grandes baies vitrées qui donnent sur le square. Elle précise qu’elle a fait faire pas mal de travaux de rénovation. Sur son invitation je prends place dans un des canapés recouverts de toile claire. Tout de suite j’épingle sa lecture du moment posée sur la table de salon : Edith Wharton, Chronique de New York chez Quarto Gallimard, ce qui manque pas de me rappeler qu’Edith Wharton est sur ma PàL depuis un certain temps déjà.

Elle me propose de l’accompagner dans sa cuisine tandis qu’elle me prépare un café dans sa cafetière à l’italienne. Elle n’aurait que faire d’une machine à café. Elle s’excuse de ne pas m’accompagner vu qu’elle ne boit pas de café, elle n’aime que la mousse de lait qui recouvre le capuccino. Elle ajoute quelques chocolats. Les meilleurs au monde, précise-t-elle avec un sourire tout aussi malicieux.

Et elle me raconte. Elle a d’abord été locataire de son appartement dès son achèvement en 1966. Je me dis qu’elle a dû fréquenter la clinique où je suis née, située à deux pas de là sur le square, aujourd’hui transformée en immeuble à appartements, mais je réserve ma question pour plus tard. Je la laisse poursuivre son récit. En 1966, le Berlaymont n’était pas encore terminé. Difficile d’imaginer le quartier sans ce bâtiment phare. Elle n’y a travaillé que plus tard. A son arrivée à Bruxelles, elle avait de toute façon décidé qu’elle ne resterait que quelques mois, juste pour une expérience de travail et s’en retournerait bien vite en Italie. Mais la vie, comme souvent, en avait décidé autrement. Soixante ans plus tard, elle est toujours là, et encore à se dire qu’elle retournera bientôt définitivement dans sa maison en Italie.

Et c’est ici que s’immisce l’exception au « presque jamais » de Georges Perec. Elle avait choisi cet appartement pour pouvoir se rendre à pied à son travail. D’autant que pendant un temps elle avait eu des horaires très invasifs et il va sans dire qu’à cette période, il n’y avait pas d’ordinateurs (encore moins, portables) et que la communication virtuelle via écran était de la science-fiction. A quelles exceptions Georges Perec a-t-il pensé en ajoutant « presque » ? Sans doute ne s’y est-il pas attardé, on ne le saura pas.

Je lui demande si elle a fréquenté la clinique et elle me répond par la négative, le service médical de son lieu de travail lui ayant indiqué qu’elle n’avait pas bonne réputation. Je ne relève pas le pincement que m’occasionne cette information. Je n’apprendrai pas grand-chose d’autre. A part quelques contacts avec une voisine elle ne s’est fait aucune relation amicale dans le quartier et ne se promène plus guère le long de la pièce d’eau située au centre du parc. Cela a fort changé, me dit-elle. Oui, mais les foulques et les bernaches ne valent-ils pas le détour ?

Elle me propose de prendre des photos depuis sa terrasse, et je me réjouis de ce point de vue, différent de ceux auxquels je suis habituée. Mais la frondaison abondante, déjà estivale, dissimule partiellement le petit lac. La plus belle vue est celle du lac gelé, me dit-elle aussi. Rendez-vous est pris à l’hiver prochain pour de nouvelles images.

L’ancienne clinique

Au fil du haïku

Sortir de la bulle

Aller à gauche à droite

Il faut atterrir

Il est des moments, des retours, des jours où tout semble désajusté, décalé, on est dans un sas, un hall d’entrée, ou de sortie, un no man’s land, quand tu sors d’une pièce, d’un lieu qui n’est pas familier, une salle de cinéma où tu es partie ailleurs pendant deux heures et demie, quand tu en sors pendant une fraction de seconde tu hésites sur la direction à prendre, droite ou gauche, gauche ou droite, sauf que des fois ça peut durer la journée, te réajuster, tu flottes, tu n’atterris pas vraiment, tu regardes sans voir, tu ne sais où mettre de la tête, le jardin est là, il t’attend, tu le regardes sans le voir, demain tu t’en occuperas.

C’est l’été soudain

Déjà chercher la fraîcheur

Qu’hier tu esquivais

Soudain, oui. Non qu’il s’installe petit à petit, non, il tombe comme une chape de plomb. Pour le coup, la voie du milieu, on oublie.  Remisés au placard les cardigans et les foulards, même si un soir on les avait quand même emportés dans le tote bag pour si jamais, sortis les pantalons souples, les robes amples et chaque fois oublier d’emporter l’éventail.

La rose Princesse de Monaco

Au faîte du toi

La pie pose son regard

Clin d’œil puis s’envole

Au faîte du toit la pie semble regarder le monde, ce monde qui s’étend à ses pattes, ces maisons et ces jardins qui lui sont familiers. De temps à autre, elle se pose dans mon jardin à la recherche de vers de terre et d’insectes. Et si elle pensait, que penserait-elle de notre monde ?

Lune qui se remplit

Dans son ciel bleu rose et lourd

Douceur et sagesse

Ciel bleu légèrement rosé, lourd de chaleur, tel une dentelle diaphane, le premier quartier de lune continue de croître. Sentir sa douceur s’écouler comme un élixir, sa sagesse comme un baume et dans quelques jours sa lumière prendra le pas sur l’ombre.

Où est-il passé

Ce jour que je n’ai même pas

Regardé vivre

A peine commencé, déjà passé, mais à quoi ? Un peu de ceci un peu de cela, beaucoup de pensées, trop. Repenser aux jours qui ont précédé, rencontres et découvertes, des chansons qui soudain reviennent et taraudent, écouter leur message, ou pas, un peu travailler dans le jardin, un peu cuisiner, un peu de ceci, un peu de cela. Et puis s’en aller rencontrer une amie en phase de déménagement qui me propose de choisir parmi les livres qu’elle n’emporte pas, ceux qui me plaisent, boire avec elle du mousseux rosé et refaire le monde.

La rose Katherine Morley

Impressions de Lincoln

Nous débarquons à Lincoln jeudi dernier par le train de East Midlands Railway après un changement à Nottingham où des souvenirs d’il y a près de quarante ans affleurent. La gare n’a de sortie que d’un seul côté des voies et il nous faut traverser le passage à niveau. Plaisir d’enfant que de se placer au milieu des voies pour prendre des photos.

Découvrir notre chambre à la décoration victorienne, des bibelots partout, chinés au fil des années par les charmants propriétaires, des miroirs, des statuettes, des vases, un lustre et des lampes de chevets à franges, nous nous imaginons dans le monde de Jane Austen.

Partir avec ma fille est toujours un délice et une douce aventure. Découvrir un lieu, une ville et s’en imprégner, flâner dans les rues du quartier historique, y passer et repasser, dans les librairies, les boutiques, les charity shops. En Angleterre ils y en a pléthore, certains aménagés et décorés avec goût. Steep Hill est une rue très pittoresque et, comme son nom l’indique, escarpée, et elle vient tout juste d’être élue plus belle rue d’Angleterre. Le soir c’est un procecco en apéro, une pie végé, ou pas, avec de la gravy, ou encore le Sunday roast beef nappé de gravy et légumes du jour.

Nous prenons le train pour nous rendre à Gibraltar Point Natural Reserve où nuages et soleil se partagent le ciel. Nous marchons sur les chemins balisés du marais, nous observons les cygnes, caressons l’aubépine, les roseaux qui ondulent sous le vent.

Côte du Norfolk

Aquarelle et pinceaux

Laisser faire le vent

Et terminer par le vernissage de Carolyn J Roberts, une artiste locale découverte sur YouTube il y a quelques années qui peint la côte du Norfolk, les marais, les rivières et au-delà, les Cornouailles, l’Ecosse, ces paysages qui m’enchantent.

Le feu et la rose par Maud Simonnot

Jusqu’à il y a peu quand je terminais son livre Le feu et la rose je ne connaissais  pas Maud Simonnot, même si son nom me semblait familier. Entre-temps j’apprends qu’elle est devenue directrice éditoriale chez Actes Sud, qu’elle est autrice de plusieurs livres tous profondément empreints de nature. Ce qui m’a attirée en lisant la quatrième de couverture, ce n’est pas du tout qu’elle évoque une hypothétique rencontre entre son arrière-grand-mère et Jean Genet dont le nom m’était bien sûr connu mais dont j’avoue n’avoir jamais rien lu, non et ce n’était pas cet auteur non plus, c’était le Morvan. Je ne sais pas pourquoi cette région m’attire, ce nom d’abord, comme enveloppé d’un halo de mystère, serait dérivé de la langue celtique et signifierait « montagne noire » . Cette nature profonde, ces forêts sombres, ces lacs brumeux, l’écho celtique qui les traverse, les rivières et la pluie. Ce pays des sirènes et de la vouivre. Pourtant, quand je vais en Bourgogne, je m’arrête au pied du Morvan et regarde ses vastes paysages depuis Vézelay.

Jean Genet a eu la vie et le destin qu’on lui connaît et on dit qu’il est revenu souvent dans le Morvan à la fin de sa vie. Quant à Lily, elle est restée toute sa vie une paysanne enracinée dans cette terre qui l’a accueillie, au plus proche de la nature.

Le […] sentiment de la nature […], s’est transmis de mère en fille dans ce pays où toutes les femmes étaient botanistes, médecins, sorcières… […] Leur enracinement dans ce pays s’est fait autant par les années accumulées que par l’odeur inoubliable des sapins, du foin coupé et de l’herbe mouillée, par le chant mélancolique des bouvreuils ou les couleurs de l’automne sur les collines cerclées d’ors et de rouges flamboyants.

Maud Simonnot en fait partie.

Le Trou aux Crabes

Bruit… bruits de la ville, ronde des camions-poubelles qui commence le lundi et se poursuit d’autres jours en fonction du tri sélectif des déchets. Au loin, étouffés par les arbres et les jardins qui font tampon, bruits de circulation, sirènes de police, pompiers, ambulances, trams toutes les quatre ou cinq minutes. Mais parlons justement des jardins, bruit des jardins au printemps et en été, concerts des tondeuses, tronçonneuses et autres souffleurs de feuilles, taille-haies et coupe-bordures. Il est évident qu’on ne l’entend pas quand on taille sa propre haie ou qu’on tond pour ainsi dire à l’arrache ce qui dans le sien tient lieu d’herbe : origan, séneçon de Jacob, trèfle et jolie pâquerettes, chardons (la fleur de chardon est très belle, je ne la tond pas). Mais quand c’est le jardinier de la voisine qui tond sa belle pelouse style Wimbledon (il se fait, ne riez pas, qu’elle est anglaise et un jour je lui ai demandé comment elle faisait pour avoir un tel gazon, si le fait d’être Anglaise ajoutait à son gazon une magie que je ne possède pas… mais non, elle ne fait rien de spécial m’a-t-elle répondu. J’en ai donc conclu que décidément, oui, l’herbe est plus verte ailleurs) et passe la tondeuse en tous sens et souffle Dieu sait quelles feuilles, c’est une autre affaire. On se cloître fenêtre fermée, casque anti-bruit de piètre qualité vissé sur la tête pour vaquer à ses occupations.

Sortir, oui, après, sortir, marcher, retrouver le calme, se balader dans le parc tout proche. Le découvrir avec stupeur presque désert. Il est vrai que c’est le congé dit de Printemps, les gens sont en vacances, pas d’enfants des écoles, tout au plus quelques promeneurs avec leur chien, des amoureux sur un banc (c’est cliché mais oui, il y en a), le découvrir aussi, par conséquent, silencieux, flâner le long des sentiers, goûter ce silence presque palpable, à nouveau s’en mettre plein la vue, cette fois de ces larges espaces à l’anglaise (et l’herbe y est verte aussi comme le montrent les photos). Prendre le temps de regarder les fleurs, les marronniers en fleurs, les fougères. Traverser le premier petit pont et se retrouver dans la partie plus sauvage du parc. Et pour une fois, prendre le temps d’aller plus loin.

Passer sous un deuxième pont et emprunter un des derniers chemins creux de Bruxelles dit du Trou aux Crabes (Crabbegat de son nom officiel en néerlandais), nom qui ferait référence à des fossiles océaniques retrouvés autrefois. Il y fait sombre,  ne quasi pas apercevoir le ciel gris laiteux.

Tout près de chez moi

Sur les pavés du passé

Voir couler le temps

Émerger de l’autre côté dans l’avenue de Fré, toujours animée, bus, voitures, piéton et se sentir appelée à repasser devant le 33, avenue de l’Échevinage, devant la maison qu’ont jadis habitée Marie Closset et Blanche Rousseau (voir Marie Closset alias Jean Dominique, une poétesse oubliée), actuellement en travaux, capter en une seconde une porte intérieure, l’ébauche d’un salon, se demander si les nouveaux propriétaires savent qui a occupé ces lieux il y a bien longtemps. Se demander si elles ont foulé les pavés du Trou aux crabes.

S’en mettre plein la vue

Revoir la ville

      Cette compagne de toujours

Ciel et lumière

26 avril 2026

Arpenter la ville, la regarder, la vivre, parfois dans ce qu’elle a de moins beau, mais aussi et surtout dans ce qui me ravit l’œil. Toujours ce bleu, ce bleu partout qui se démultiplie dans l’immensité des immeubles vitrés. Un souffle, une étendue, un nuage, un regard au loin. Les nuages s’invitent dans la ville, les suivre en flânant le long du canal. A nous de les voir et leur faire de la place, ils sont la ville aussi.

Des portes qui invitent au mystère, qui peut-être ouvrent sur des jardins secrets. Franchir le seuil, envie d’aller voir de l’autre côté ce qui s’y passe et savoir qu’on ne le fera pas. Imaginer d’autres mondes, des mondes d’avant. Contourner la place, revenir sur mes pas, emprunter cette petite rue que je connais pas.

Et la nature au fil des rues, omniprésente et résiliente, la ville aussi est son territoire, les seuils des maisons, les trottoirs, entre les dalles descellées. Parfois elle s’agrémente de ce que lui apportent les humains et vit en bonne intelligence avec des fleurs d’ordinaire réservées aux parcs et aux jardins.

Et puis la nature à nos fenêtres, au pied des maisons, celle qui égaye les rues quand revient la belle saison, un festival de couleurs, de formes, de textures, cascades et foisonnement, arpenter les rues juste pour s’en mettre plein la vue.

Arpenter les rues

S’en mettre plein la vue

Fleurs en cascades

28 avril 2026

L’odeur des vieux livres

J’aime l’odeur des vieux livres, j’en ai déjà parlé. Non seulement celle de livres qui me passent entre les doigts à l’atelier de reliure, celle qui règne dans l’atelier même, mais aussi celle des librairies de seconde main. Leur odeur évoque des époques et des mondes éloignés, comme une impression de rejoindre ces hommes, ces femmes, ces lieux, de s’en approcher d’autant plus. Quoi de mieux que Bourlinguer avec Blaise Cendrars dans une vieille édition du Livre de Poche ou de suivre les aventures de Jack London au Klondike dans ce vieux 10/18 que je restaure aujourd’hui ?

Je me souviens de l’odeur de ce livre, Je veux vivre ! dont j’ai parlé ici. Près de la fenêtre où je le lisais, son odeur déjà m’avait fait voyager alors même que je me trouvais dans un lieu qui pour moi évoquait le passé. Pourtant je ne pense pas que ce soit le premier livre qui m’ait fait aimer cette odeur si particulière. Il y a aussi certains livres de mon enfance, des albums imagés que j’avais récupéré de mon frère de dix ans mon aîné mais que pour la plupart je ne retrouve plus. Ceux aussi de la bibliothèque située en bas de mon immeuble où ma mère m’a inscrite quand j’avais six ans comme ce premier livre emprunté. J’en revois la couverture à fond marron même si l’image est floue. Le personnage principal était une vache. Son titre disait le nom de la vache (dont malheureusement je ne me souviens plus) « … et la chasse à courre » . J’aimerais le retrouver mais j’ai eu beau chercher sur internet, rien n’est sorti.

Je n’aime pas les librairies de seconde main uniquement pour leur odeur, je les aime tout court. J’aime flâner, fureter dans les recoins. J’aime chiner au long d’interminables rayons que les livres soient classés ou pas. Aussi les vide-greniers ou les marchés du livre d’occasion comme celui de Redu évoqué ici . Un jour, dans un village de l’Aube où je logeais, j’ai pu accéder aux livres de l’ancienne bibliothèque municipale qui étaient mis en vente au prix symbolique de 1€ pièce. Partout où je vais, si une librairie de seconde main se trouve sur ma route, j’en pousse la porte. Ce plaisir de la trouvaille peut-être unique, ou du moins difficilement repérable ailleurs, même sur internet, celle pour laquelle on ne tergiverse pas, même si on a de moins en moins de place.

Et puis il y a ces librairies où je décide de me rendre parce que je les connais, comme hier, celle qui est située à cinq minutes à pied de chez moi. La tête encombrée des soucis de santé d’un proche, l’envie m’a prise d’aller m’y attarder pour me changer les idées. Et j’y ai déniché ce petit livre sur George Sand. Même s’il n’est pas bien vieux puisqu’il est sorti en 1973, il semble déjà d’un autre âge. J’aime bien ce genre de petites collections, celle-ci s’intitulait « Collection Les Géants » où George Sand côtoie Balzac, Stendhal, Byron, Rabelais. S’ils avaient eu l’exemplaire consacré à Balzac ou Proust je les aurais achetés. Mais Byron, Rabelais, je sens que je vais y retourner très prochainement.